Faire face à la maladie pour mieux la combattre


Voici mon histoire, qui en est juste à ses débuts, mais cela je ne l’ai compris qu’assez tard.

27 décembre 2017, je fête mes 59 ans. Je suis en pleine forme, je n’ai jamais eu une conscience réelle de mon âge, et croque la vie à pleines dents. Mon emploi du temps est rythmé et bien rempli depuis toujours par mes occupations professionnelles et le sport. Je n’entrevois alors aucune limite dans le temps pour continuer sur ce rythme.
Le sport, j’en ai toujours fait depuis l’adolescence, à commencer par la course à pieds, puis le vélo et la natation. Ces 10 dernières années ma pratique sportive s’est intensifiée et à 57 ans j’ai finalement décidé de m’inscrire à un club de triathlon. Eté 2015 je découvre le Morocco Swim TREK au Maroc, une course par étapes de 30 km de natation dans la lagune de Dakhla. Je suis complètement séduit par ce défi, mais ne suis absolument pas prêt. Mais quelque chose me pousse à m’y préparer et je me fixe alors comme objectif de m’y inscrire pour l’édition de 2017 qui se déroule début décembre 2017. 2 décembre 2017, je franchis la ligne d’arrivée de la dernière étape, je viens de nager 30 km en quatre jours dans un décor de rêve. De retour à la maison, j’ai la tête pleine de rêves et de projets et un immense sentiment de fierté d’avoir réussi ce défi que je me jure de me relancer tous les ans. Janvier 2018, comme tous les ans à cette même époque, je bâtis mon programme de courses pour l’année (triathlon et eau libre). Je passe d’ailleurs déjà mes premières inscriptions et réservations hôtellerie et voyage. L’année sera bien remplie.

Premiers signes.

Fin février 2018, sortie vélo le dimanche matin. Le temps est froid (-4 °C) et sec. La sortie en groupe avec le club motive et fait toujours oublier ces conditions difficiles. Toutefois, si sur les portions plates ou sans trop de dénivelé je suis facilement, voir précède quelque fois, le petit peloton, je m’aperçois que je fatigue très vite dès que les montées sont un peu plus prononcées et me retrouve vite à la traîne derrière le groupe. Je ne m’inquiète pas plus que cela et mets cette baisse de forme sur le compte de l’hiver.
C’est par ailleurs la semaine du salon de l’agriculture. Je ne faillis pas à un rituel annuel : je pose une journée de RTT le vendredi 2 mars 2018 pour aller nager le matin dans une piscine située près du salon de l’agriculture puis je me rends au salon pour le déjeuner et la visite. La séance de natation devient vite un enfer. Impossible de nager plus de 100 m sans être essoufflé et obligé de faire une pause. Je fais quand même 2 km dans ces conditions puis me rends au salon de l’agriculture. Grosse fatigue toute l’après-midi, je suis complètement épuisé en fin de journée. Je mets toujours cela sur le compte de la « fatigue d’hivers ». Mais je commence quand même à avoir un doute. J’ai dans un tiroir une ordonnance pour une prise de sang de routine que mon nouveau médecin traitant m’a demandé de faire lors de ma première consultation avec lui. Le lundi 5 mars 2018 au petit matin avant d’aller au boulot je m’arrête au laboratoire situé dans la gare du Nord pour faire ma prise de sang. Toujours dans le doute qui commence à bien s’installer, je décide d’aller essayer de courir le lundi midi sur les quais de Seine. La sanction est immédiate, impossible de courir plus de 300 m. Pulsations cardiaques qui montent en flèche et fortes douleurs dans les muscles des jambes. C’est là que je prends conscience également que cette fatigue musculaire commençait déjà à se faire sentir depuis quelques semaines quand je montais les escaliers dans les transports en communs. En revanche, et je m’en suis aperçu plus tard, je n’avais fait aucun lien entre ce qui était en train de m'arriver et les fortes suées nocturnes apparues depuis quelques semaines.
Je termine ma journée et rentre à la maison encore une fois très fatigué. Sur le trajet du retour je m’aperçois que j’ai eu deux appels téléphoniques avec messages sur ma boîte vocale, un du médecin du laboratoire et un de mon médecin traitant. Je dois aller voir ce dernier d’urgence, ma prise de sang n’est vraiment pas bonne.

Le verdict : la Myélofibrose.

Le mercredi 7 mars 2018, avant de partir pour le boulot (parce que je suis toujours dans une logique où je peux continuer à mener mon train de vie habituel), je passe donc voir mon médecin traitant. Globules rouges, globules blancs et plaquettes sont en dessous des normes. J’ai un taux d’hémoglobine en dessous de 8 dg/l. Mon médecin, me dit alors qu’il n’est pas question d’aller travailler, et m’envoie aux urgences de l’hôpital de Pontoise, hôpital le plus proche de chez moi dans lequel on trouve un service d’hématologie. Il n’y avait pas d’autre solution, car il était illusoire de trouver un rendez-vous rapide chez un hématologue en ville.
Attente classique de 5 heures dans le service d’urgence où je suis finalement admis dans un box. Le médecin urgentiste passe me voir en me disant que le médecin traitant a eu un bon réflexe. Mais il faut attendre les résultats des prélèvements effectués. Je lui explique alors que j’espère bien ne pas avoir à passer la nuit à l’hôpital, mais à ce sujet il réserve sa position en attendant les résultats.
Enfin, deux médecins entrent dans le box ; l’urgentiste et un hématologue. Les premiers mots de l’urgentiste sont alors qu’elle a une bonne nouvelle pour moi, je vais pouvoir rentrer à la maison. Elle quitte le box et je me retrouve alors avec l’hématologue qui nuance tout de suite la « bonne nouvelle » en m’expliquant que j’ai probablement un problème de fonctionnement de la moelle osseuse qui ne produit plus correctement les cellules sanguines. Il faudra que je revienne la voir en consultation. C’est fait la semaine suivante ; j’apprends alors que j’ai une myélofibrose primitive. L’annonce tombe comme un couperet, mais je ne me rends vraiment pas compte ce que cela représente. Elle m’explique quand même ce que représente cette maladie et les moyens de lutter contre sa progression. J’apprends alors qu’elle pourra évoluer à moyen terme en leucémie si on ne la traite pas suffisamment bien et tôt, et qu’à terme, la seule voie de « guérison » envisageable est une greffe de moelle osseuse, mais que nous n’en sommes pas encore à ce stade. Je décide de n’informer que mes deux sœurs en leur expliquant qu’elles seront sollicitées pour un don de moelle si elles sont d’accord. Je décide également de ne pas informer tout de suite ma maman qui fête mi-mai ses 80 ans.
J’ai droit alors à ma toute première transfusion de globules rouges et de plaquettes pour revenir un peu dans les normes. Les résultats sont assez immédiats et la fatigue s’atténue bien. Commence alors un traitement à l’EPO et mes globules rouges reviennent vite dans la norme. Je suis rassuré, je me sens mieux et reprends un peu le vélo. Je décide même de participer au premier triathlon auquel je m’étais inscrit début mai 2018. J’avais conscience que ce serait dur, mais je voulais conjurer le sort. J’ai des difficultés sur les trois disciplines, mais je le termine quand même, 374ème sur 377. Je l’ai terminé (finisher !), mais j’ai compris qu’il fallait que je mette un coup d’arrêt à ces efforts physiques pour lesquels je n’avais plus les capacités de les faire. Un sérieux coup au moral me tombe dessus, je suis contraint d’abandonner le beau programme que je m’étais fixé pour 2018 et de me désinscrire des courses que j’avais déjà réservées. Je dois arrêter le sport ! Je rentre alors dans une logique différente ; il faut lutter contre la maladie, c’est mon nouveau défi. On arrête l’EPO, je commençais à avoir trop de globules rouges, et l’hématologue m’annonce que nous allons enchaîner sur un traitement JAKAVI.

La prostate.

La situation se complique soudain et je commence même à me dire que le destin se retourne contre moi ! Je me retrouve aux urgences début juin pour un sérieux problème urinaire. Un adénome de la prostate vient perturber les choses (oui, et non pas un adénocarcinome, mais cela je ne l’ai su que plusieurs semaines après l’opération, le temps d’obtenir le résultat des analyses des prélèvements effectués pendant l’opération. Inévitablement, je me suis vu pendant quelques temps avec un cancer de la prostate). La clinique me garde pour observation. Heureusement, deux jours après je fais un blocage urinaire et me retrouve avec un globe urinaire de deux litres. J’ai droit alors à la pose d’une sonde urinaire. Mais vu l’importance de globe, le chirurgien urologue me dit qu’il n’est pas question d’opérer tout de suite l’adénome, il faut laisser se reposer la vessie. J’attends donc 5 semaines avec la sonde, en pleine canicule, avant de me faire opérer le 19 juillet 2018.
Du coup le traitement contre la myélofibrose est mis en attente, la priorité étant la prostate et un temps de repos après l’opération.
L’opération de la prostate s’est parfaitement déroulée, le lendemain j’étais sorti de l’hôpital comme si je n’avais pas été opéré, sans aucune douleur. Je suis rassuré, je vais pouvoir reprendre un peu d’activité physique (je retourne nager en piscine) et je vais pouvoir me reconcentrer sur le combat contre la myélofibrose.
Et non, une semaine après l’opération de la prostate se déclenchent des crises de cruralgie et de sciatique. Les douleurs sont insupportables, j’ai droit tout de suite à des radios et un IRM pour voir ce qui se passe. On retrouve alors des petites hernies discales que l’on avait déjà vues il y a plusieurs années. Donc pour l’instant toujours pas de reprise de traitement pour la myélofibrose. Des séances de kiné n’améliorent pas les choses, et les douleurs s’étendent maintenant aux cervicales et dans les clavicules. Rien ne calme la douleur malgré une augmentation en intensité des antalgiques (paracétamol seul dans une premier, temps, puis Tramadol et enfin Skénan). L’augmentation des doses de morphines ne suffit pas à calmer les douleurs qui sont littéralement insupportables ; impossible de dormir.

La leucémie.

Le 24 août 20018 je retourne donc voir mon médecin traitant, je ne peux me retenir de pleurer de douleur. Il n’hésite pas un instant et me renvoie aux urgences de Pontoise, les douleurs osseuses selon lui pouvant avoir un lien avec la myélofibrose. Cette fois-ci je n’attends pas très longtemps aux urgences vu mon état. Bilan sanguins et prélèvement de moelle osseuse. Quelques heures d’attente pour les résultats, et un médecin hématologue vient alors m’annoncer que j’ai une leucémie aigue myéloblastique (50 % de blastes dans la moelle) ; il me garde, un traitement par chimiothérapie doit débuter dès le lundi 27 août 2018.
L’annonce ne m’ébranle finalement pas. Je suis dans un état second vu les douleurs toujours présentes et la morphine à doses soutenues, et j’avais déjà entendu le nom de cette maladie lors du diagnostic de la myélofibrose. Je me dis seulement que cette leucémie est apparue bien soudainement et dans un délai beaucoup plus court que ce que pouvait m’avoir laissé imaginer le diagnostic de la myélofibrose.
Le lundi matin, juste avant mon transfert de l’UHCD vers l’unité de soins intensifs en hématologie, l’hématologue vient me rassurer et m’explique dans quelles conditions je vais être admis et les précautions qui vont être prises. Chambre stérile avec rideau vinyle de confinement autour du lit et système de ventilation. Il m’explique également toutes les restrictions associées à ce type de séjour et en particulier vis-à-vis des visites. 2 visites maximum par jour, une seule personne dans la chambre. Le lendemain, l’hématologue repasse dans la chambre pour venir m’expliquer que les jours et semaines à venir vont être difficiles, mais qu’il n’y a pas le choix, il faut passer par cette épreuve.
Cette première cure d’induction se passe finalement bien, même si l’hospitalisation est un peu longue (6 semaines). J’apprends à appréhender la vie différemment. J’évacue rapidement tout projet, même si j’ai énormément de mal à finir par accepter l’arrêt pour plusieurs mois du sport, et me fixe comme ligne de pensée, une vision au jour le jour. Je découvre alors le mot aplasie et ce qu’il représente et surtout découvre un monde hospitalier d’une incroyable compétence et d’un dévouement sans limite pour les patients. Les infirmières et aides-soignants sont formidables et sont à vos côtés 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, aussi bien pour le soutien médical que moral.
Vers le milieu du séjour, l’hématologue vient m’expliquer qu’il fallait maintenant rapidement penser à une greffe de moelle osseuse. Mais avant cela, il faudra passer par une ou deux cures de consolidation. Le dossier greffe est lancer avec l’hôpital de Saint-Antoine à Paris, la recherche de donneur est également enclenchée. Première recherche dans la fratrie ; j’ai la chance d’avoir un frère et deux sœurs. Cela me rassure puisque les chances de trouver un donneur compatible sont d’une chance sur 4 dans la fratrie. Mais je sais aussi qu’il y a le fichier international de donneurs et reste entièrement confiant sur l’issue de la recherche d’un donneur compatible. Je prends alors réellement conscience qu’il existe des bonnes âmes qui sont prêt à donneur une part de leur vie pour sauver la mienne.
Retour à la maison après cette première cure pour deux semaines et demie avant de reprendre une première cure de consolidation. Ces deux semaines à la maison sont très fatigantes. L’assistance permanente et rassurante du personnel soignant n’est plus là. Les précautions concernant l’hygiène et l’alimentation sont difficiles à vivre, voire angoissantes. On ne peut alors s’empêcher de penser à la recherche du donneur providentiel ; et si on n’en trouve pas ? Inévitablement, on commence également à penser à « espérance de vie » et contraintes de vie futures avec la maladie. Mais encore une fois, j’arrive à ne pas me laisser enfermer dans cette logique négative et me concentre sur une vie au jour le jour.
Mi-octobre, me voilà de retour à Pontoise pour la cure de consolidation. Je me sens rassuré et même content de rentrer à nouveau dans cet univers ultra protégé et bienveillant.
La cure débute bien, comme la première fois je supporte bien la chimiothérapie et l’aplasie. Mais tout à coup, grosse fièvre impossible à faire tomber et sérieuse hypotension. L’infirmière qui s’occupait de moi est restée d’un calme olympien et rassurant, débordant même de ses horaires. Elle m’explique alors qu’il faut m’envoyer en réanimation vue le tableau clinique. Je suis en train de faire un sepsis. Les médecins trouvent assez rapidement la porte d’entrée de l’infection, un abcès de la marge annale. Il est opéré en urgence et tout rentre dans l’ordre. Enfin, presque, puisqu’en même temps je fais un syndrome coronarien aigu, assez vite calmé par une transfusion de globules rouges.
Après un petit séjour en unité de soins intensifs en cardiologie, je repars en hématologie. Je sors doucement de l’aplasie, pendant que l’on me fait des soins quotidiens pour cet abcès qui finalement était également associé à une fistule complexe. La plaie et les soins associés sont assez douloureux. Au bout de quatre semaines, je me retrouve donc à la maison avec pour objectif de rentrer à Saint-Antoine a priori en décembre pour la greffe, ma petite sœur étant « 100 % compatible ».
Début décembre, je subis un bilan pré-greffe à Saint-Antoine. La plaie de l’abcès n’est pas assez refermée, il va falloir repousser la greffe en janvier. Il n’est pas question de prendre de risque vis-à-vis d’une infection qui passerait par cette porte encore bien ouverte. En attendant, il faut renforcer le traitement contre la leucémie. J’ai droit à deux jours supplémentaires de chimiothérapie à Pontoise.

La greffe.

L’attente de l’hospitalisation pour la greffe entre mi-novembre et mi-janvier est assez longue. Pas de sorties vu les conditions météo, les journées sont passées en grande partie allongé à laisser filer le temps. Mais, je me dis qu’au bout de cette attente, il y a la greffe et la guérison. Cette perspective m’aide à finalement bien gérer l’attente. J’imagine même une reprise d’une vie à peu près normale à partir de la fin de l’été et commence même à élaborer des projets de reprise du sport.
Ca y est, le compte à rebours est lancé, la coordination de la greffe est prête. Bilan pré don pour ma sœur, dernier bilan pré-greffe pour moi. Hospitalisation le 15 janvier, greffe le 23 janvier.
Le conditionnement de la greffe se passe bien, même si je me sens très fatigué en fin de conditionnement. L’injection du greffon est finalement une opération très courte, sous surveillance d’une infirmière. Pendant cette injection, plus que pendant toute la période d’attente de la greffe, on n’a qu’une pensée pour le donneur qui est en train de sauver votre vie. La fin de l’hospitalisation pour greffe arrive assez rapidement (moins d’un mois d’hospitalisation en tout) et je prends l’option d’aller en soins de suite et de réadaptation sur Paris compte tenu de l’éloignement de mon domicile (Oise) de Saint-Antoine et des deux visites hebdomadaires prévues les premières semaines. Mais ce choix est également guidés par la recherche d’un milieu médical plus aseptisé et proche de l’hôpital de Saint-Antoine qu’à la maison. J’avoue qu’un certain sentiment d’angoisse m’envahissait à l’idée de revenir à la maison compte tenu des contraintes post-greffe.

La période post-greffe en soins de suites.

Lors de mon admission à l’hôpital Jean Jaurès à Paris en SSR, un sentiment extrêmement positif m’envahit. Je vais poursuivre ma remise en forme sous l’œil attentionné et rapproché du personnel médical et je vais me remettre en forme. A priori, je vais y rester jusqu’à J90 après la greffe. Dans mon esprit, je vais en sortir complètement remis en forme et pour moi c’est l’entrevue de la fin d’un tunnel dans lequel je suis rentré en août de l’année précédente. Tout se passe bien, la prise de sang revient vers la normale, la forme physique et morale remontent à vitesse grand V. Les séances de kiné ainsi que les sorties autorisées l’après-midi pendant lesquelles je fais des marches allant jusqu’à 13 km me redonnent ce sentiment de liberté et me confortent dans cette vision à court terme d’une guérison. Certes, il y a encore beaucoup de médicaments à prendre et une GVHD cutanée vient un peu perturber les choses, mais on arrive assez vite à la calmer grâce à des séances de photophérèse et des dermocorticoïdes.
Les projets de vie et d’activités physiques foisonnent et je me vois déjà reprendre le vélo et l’eau libre dès la fin de l’été. Je prévois même des séjours en location dans un bungalow au bord de la mer en juin puis en autre en montagne en septembre.

Du court terme au long terme.

Le jour J du bilan J 90 arrive. J’y vais confiant, et en pleine forme.
Tout va bien dit le médecin référent, vous êtes en réponse globale. Petit silence en même temps qu’il continue à consulter mon dossier sur son écran d’ordinateur. Puis il m'annonce une « rechute moléculaire ». Il faut combattre la maladie pour éviter qu’elle ne revienne. Il faut commencer un traitement au Vidaza, ce qui représente une semaine de piqures tous les mois, et ceci pendant plusieurs mois.
Cette annonce vient littéralement faire s’écrouler ma vision d’une sortie de la maladie à court terme. Bien que les médecins me l’aient déjà expliqué depuis le début, on ne parle pas de guérison de sitôt pour ce genre de maladie, mais de rémission. J’ai mis longtemps à rentrer dans cette logique moyen et long terme du traitement de la maladie. En fait je me suis aperçu que je n’avais finalement pas vraiment accepté la maladie et que je la repoussais derrière une guérison qui selon moi arriverait rapidement. Depuis le mois de mai, je fais donc mes cures de vidaza (3 pour l’instant) avec toujours des imprévus comme un deuxième abcès qui a du faire retarder la 3ème cure, puis maintenant une poussée de GVHD cutanée plus sévère que la première. J’attends donc les résultats des derniers bilans avant de faire la 4ème cure. Mais cela forcément au détriment de la lutte contre le retour de la maladie. Un autre espoir vient quasiment aussi de s’envoler, l’injection de lymphocytes du donneur (DLI) qui était prévue le 19 juillet, ayant pour but de renforcer l’effet de greffe, le donneur ayant été prélevé le même jour. Face à la GVHD, cette injection n’est plus à l’ordre du jour, car elle pourrait faire emballer la GVHD.
Enfin, nous sommes fin août 2019, je suis enfin rentré dans la logique d’une maladie au traitement à long terme, mais n’empêchant pas de vivre « normalement », mis de côté les examens et traitements réguliers à l’hôpital. Je me sens beaucoup mieux moralement dans cette nouvelle vision de l'avenir.
Depuis le diagnostic de la leucémie, j’ai perdu 20 kg. Depuis maintenant 3 semaines je reprends du poids et au fil des jours me sens de plus en plus actif. J’ai acheté un VTT pour aller faire des balades en forêt ou dans les champs quand il n’y a pas trop de soleil (contrainte GVHD). D’ici quelques petites semaines je pourrai reprendre le vélo de route et faire des petites sorties avec le club de triathlon qui m’attends avec impatience. Pour la natation, j’attends un avis favorable des médecins, mais je crains que ce ne soit pas pour tout de suite compte tenu des risques d’infection inhérents au milieu aquatique. Pour la marche puis la course à pieds, il faut encore que j’attende que la GVHD se calme car j’ai la plante des pieds très fragile après la desquamation en masse de l’épiderme externe. Et puis, il faut que je remonte encore un peu en hémoglobine, car je suis quand même encore en bas de la fourchette normative.
Dès que les visites à l’hôpital se seront espacées, je n’ai qu’une hâte c’est aller retrouver ma famille qui est dans le sud-est de la France et que je n’ai pas vu maintenant depuis 18 mois.

Les soutiens

Ils sont capitaux pour le moral et le combat contre la maladie. Vu l’éloignement, je n’ai pas eu énormément de visites, mais j’ai découvert le côté positif des réseaux sociaux qui permettent d’être en relation quasi permanente avec ses proches.
La famille est bien entendu le premier des soutiens. Pour mon cas, en plus c’est une de mes sœurs qui m’a donné sa moelle osseuse. C’est un sentiment très fort, car déjà unis par le lien de la fratrie, ce dernier est renforcé par le lien direct du sang qui devient le même après de la greffe. Elle a eu de plus l’excellente idée lors de ma première hospitalisation pour la leucémie de créer un groupe privé que Facebook avec mes enfants, frères, sœurs, neveux et nièces qu’elle a appelé "GO, GO LA MOELLE !". Ce lien a été utilisé tous les jours, je n’étais pas seul dans ma chambre.
J’en ai déjà parlé, mais le soutien quotidien du personnel médical fait partie intégrante du traitement de la maladie et parfois, quand un coup de blues arrive, il y a tout de suite une infirmière ou aide-soignante pour vous réconforter.
Sans oublier tous les membres du club de triathlon qui m’ont soutenu soit sur le réseau Strava soit lors de visites.
Ce type de maladie est lourd et éprouvant, je pense qu’il serait impossible ou extrêmement difficile de l’affronter seul. Mais on s’aperçoit vite que l’on n’est jamais seul dans ces cas-là.

Le besoin de partager

Je ne suis pas rentré dans les détails des symptômes et effets du traitement qui sont parfois difficiles (fortes fièvres à répétition, diarrhées, fatigue extrême qui conduit à un isolement complet vis-à-vis du monde qui nous entoure, perte du goût et de l'appétit, nausées,...), mais le message que je voulais faire passer c’est que la vie peut basculer du jour au lendemain à cause de la maladie. Le cap est difficile à passer, surtout quand on n’a jamais été malade de sa vie auparavant et que l’on pratiquait une activité physique intense. Ce dont je me suis aperçu au bout de quelques mois seulement, c’est qu’il ne faut pas fuir la maladie, mais l’accepter et la combattre. Cela demande un gros effort mental personnel, mais c’est indispensable pour retrouver le moral. Aujourd’hui, je me sens bien, voir en pleine forme malgré encore des visites hebdomadaires à l’hôpital et cures de chimio mensuelles. Pour combattre la maladie, je me suis aperçu également qu’il ne faut pas se projeter trop loin dans l’avenir et faire trop de projets ; le risque étant que ces projets ne tombent vite à l’eau en fonction de l’évolution de la maladie. Il faut rester sur une vision à court terme avec des objectifs dont on est sûr qu’ils sont atteignables.
J’ai toujours été d’un naturel assez introverti et ne partageais que très peu de chose. La maladie et son environnement ont levé en moi ce verrou et je me suis aperçu que j’avais besoin de partager ce qui m’arrivait. J’avais depuis une vingtaine d’années l’habitude de faire un don par prélèvements à Médecins sans frontières, ma leucémie m’a orienté vers une autre association : l’association Laurette Fugain. J’espère trouver dans cette association un espace de partage et de soutien pour encourager les malades, leurs proches et motiver les donneurs de vie.

Commentaires

magnifique témoignage jean luc !! je pense que beaucoup d'entre nous vont se reconnaitre .....dans tous les cas , personnellement , je me suis pas mal retrouvée ....notamment sur le côté sport et jamais malade ..... effectivement , il faut repenser sa vie , après la maladie ....même si j'ai l'impression qu'elle fera toujours partie de moi.....la leucémie m'a profondément changée , les priorités ne sont plus les mêmes , et une simple balade , le chant des oiseaux sont pour moi un bonheur total....
Personne , mis à part le malade , ne peut s'imaginer à quel point cela est un combat dur , long , éreintant dont on ne connait pas l'issue ....
Dans tous les cas , merci jean luc pour ce témoignage , fort , et où l'on sent la combativité d'un lion !!!!
Donne nous des nouvelles et sois heureux ! bisous !

Jean-Luc, votre histoire m’a beaucoup touchée. Je vous souhaite une belle guérison, vous avez le moral, le mental d’un sportif.
Bonne route, vous êtes fort,
Béatrice

Merci pour ce beau témoignage.

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TRÈS CORDIALEMENT

Bravo Jean-Luc, quel beau témoignage !

Comme tant d’autres vous avez vécu des moments terribles et vous avez envie d’encourager ceux qui se battent contre cette maladie.

N’hésitez pas à répondre aux personnes qui parfois se découragent, elles ont besoin de vous et de votre « oxygène » de guerrier.

Amitiés, Pierre.

Quel courage d'avoir pu raconter si précisément le cauchemard que l'on vit après l'annonce de la maladie. Je viens de poster un commentaire sur le Forum. Votre histoire est celle de mon ami. Suite à mal aux jambes, prise de sang et puis annonce de la LAM. Je fais de mon mieux pour l'aider, le comprendre mais nul ne peux comprendre ce que vous traversez. Gardez espoir. Nous avons foi en cette seconde greffe. Merci pour ce témoignage. François

Bonjour, vous êtes particulier, honnête et de bonne moralité. Vous ne disposez pas d'un revenu pouvant vous permettre de survenir à vos mensualités. Je suis un particulier qui ouvre ces portes aux particuliers en mettant à votre disposition un prêt d'un montant de 2 000 à 800 000 Euro sans aucun paiement à l'avance avec des conditions très simple à toutes personnes pouvant rembourser a un taux d'intérêt de 2,5 % . J’offre des crédits à court, moyen et long terme et une durée de remboursement abordable. Veuillez me contacter au e-mail: domoniqueprestito@gmail.com ou Tél: +33 7 56 86 29 11


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